Politique

Législatives 2026 : avec 38 % de participation, l’abstention s’impose comme le fait marquant du scrutin

Le scrutin du 23 septembre 2026 a enregistré l'une des participations les plus faibles depuis 2007. Le PAM est en tête, mais la nouvelle majorité reste à bâtir.

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Photo d’illustration : 8385 / Pixabay

Les législatives du 23 septembre 2026 ont affiché un taux de participation de 38,02 %, le plus faible depuis 2007. Les résultats ont placé le PAM en tête. Pourtant, l’abstention est devenue la principale lecture politique du scrutin, et elle pèsera sur la légitimité et la stabilité de la prochaine majorité.

Ce que disent les chiffres

Selon le ministère de l’Intérieur, le corps électoral, arrêté au 10 juillet 2026 après une révision exceptionnelle, compte 15.801.162 inscrits. Près de 6 millions d’entre eux ont voté.

Deux chiffres circulent pour le taux final. Le ministère a annoncé 38,02 % le soir du scrutin. Lors de la présentation des résultats provisoires, le ministre Abdelouafi Laftit a évoqué 38,08 %. L’écart est minime et ne change pas le constat. Sur cette base, environ 61,92 % des inscrits n’ont pas voté, soit près de 9,8 millions de personnes, selon une analyse publiée par Article19.ma.

Le recul est net par rapport aux scrutins précédents. La participation était de 50,35 % en 2021, quand les législatives étaient couplées aux communales et aux régionales, et de 42,29 % en 2016. Les sources divergent légèrement sur ces références. Les chiffres cités par le ministre ont été de 50,86 % pour 2021 et 42,27 % pour 2016.

Les écarts régionaux sont importants. La région de Laâyoune-Sakia El Hamra a atteint 77 %, Dakhla-Oued Eddahab 61 % et Guelmim-Oued Noun 53,48 %. Ces taux dépassent largement la moyenne nationale.

Un paysage parlementaire fragmenté

Les résultats définitifs, communiqués par le ministère de l’Intérieur le 25 septembre, concordent avec les résultats provisoires. Le PAM obtient 97 sièges, le RNI 66, l’Istiqlal 65, le PJD 54, le Mouvement populaire 29, l’USFP 26, le PPS 19 et l’UC 17. L’Alliance de la gauche en compte 8. Le PJD remonte à 54 sièges, contre 13 en 2021.

Le mode de scrutin entre aussi en jeu. Le quotient électoral est calculé sur la base des inscrits et non des votants. Ce mécanisme tend à disperser les sièges et à limiter la prime au parti dominant, effet d’autant plus marqué que la participation est faible, selon un article de Village de la Justice. Autrement dit, le PAM est premier avec 97 sièges sur 395, soit moins du quart de la Chambre.

Les explications avancées

Les ressorts de l’abstention sont débattus. Le Arab Reform Initiative cite l’isolement de certaines régions et le chômage des jeunes parmi les explications habituelles. Il note que 94 % des ruraux étaient inscrits en 2021, ce qui relativise l’argument du seul éloignement géographique.

Des appels au boycott ont aussi été lancés avant le vote. Al Adl Wal Ihsane a annoncé le 9 septembre un boycott. Le Parti des travailleurs démocrates a fait de même, en invoquant l’absence de conditions démocratiques minimales. Rien ne permet toutefois de mesurer l’effet de ces appels sur le taux final.

D’autres analyses insistent sur la défiance envers l’offre politique et sur la jeunesse. Des médias évoquent un contexte de mécontentement économique et politique. Ces lectures relèvent de l’analyse, pas de données établies. Aucune enquête de sortie des urnes officielle ne permet, à ce stade, de les trancher.

Les prochaines étapes

Le 29 septembre, le Roi Mohammed VI a nommé Fatima Ezzahra El Mansouri, coordinatrice de la direction collégiale du PAM, cheffe du gouvernement. La nomination relève de l’article 47 de la Constitution. Elle devient la première femme appelée à diriger le gouvernement marocain.

Il lui reste à constituer une coalition. Le gouvernement doit obtenir la confiance de la Chambre à la majorité absolue, soit au moins 198 voix sur 395. Une alliance PAM-RNI-Istiqlal totaliserait 228 sièges, tandis que les accords à deux partis resteraient insuffisants. La Constitution ne fixe aucun délai pour les négociations, et le gouvernement sortant expédie les affaires courantes jusqu’à l’investiture.

Ce qu’il faut surveiller

  • La composition de la coalition et la répartition des portefeuilles.
  • La durée des négociations, sans délai constitutionnel.
  • Les éventuels contentieux électoraux, ainsi que les réactions des institutions, comme le CNDH, qui a évoqué des cas d’observateurs entravés dans certains bureaux, selon LeBrief.
  • Les réponses des partis et des pouvoirs publics à la désaffection des urnes, notamment chez les jeunes.

Le faible taux de participation n’invalide pas le résultat. Il constitue toutefois un indicateur que les acteurs politiques devront prendre en compte pour la législature à venir.

Photo d’illustration : 8385 / Pixabay

Sources

Cet article a été rédigé à partir des sources citées.

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